Conférence de Monsieur Jean-Maurice ROUQUETTE

Hôtel de Ville d'Arles - 24 juin 1998

 

L'Église d'Arles aux Ve et VIe siècles et la Mission

 

Ce soir, nous sommes réunis en l'honneur de ce 14e centenaire de la consécration épiscopale de saint Augustin de Cantorbéry à Arles. Dans cette petite réunion, je n'ai ni la prétention de vous raconter l'histoire de la chrétienté occidentale aux 5e et au 6e siècle, ce qui est immense et dépasse tout à fait mes compétences, ni de parler de ce qui sera le sujet proprement dit du colloque qui se tiendra ici les 20 et 21 novembre, où les intervenants soit français, soit anglais qui viendront parler, traiteront avec infiniment de pertinence et de compétence des problèmes propres à la mission de saint Augustin de Cantorbéry. Ce que je voudrais faire très simplement et entre nous pour que les uns et les autres cela vous rappelle quelques souvenirs d'école, souvenirs de nos études, simplement évoquer les grands moments de cette histoire de l'occident chrétien au moment de la fin de l'empire romain et avant le début des temps mérovingiens, c'est-à-dire là où s'insère la mission de saint Augustin en Angleterre.

 

Lorsqu'en 476, le roi Odoacre a pris Rome, a destitué et tué ce petit fantoche qu'était Romulus Augustule, l'un des derniers empereurs d'occident, et lorsqu'il a envoyé la couronne impériale à Constantinople, pensant ainsi rétablir l'unité de l'empire romain, il y avait déjà plusieurs décennies que l'Église catholique d'Occident n'avait plus rien à attendre de l'empire. Pour moi la fin de l'empire d'occident se place en 455, à la mort de Valentinien III. Celui-ci est le dernier des empereurs fréquentables de cette période, les autres n'étant que des succédanés. Donc, depuis 455, pratiquement l'Église est à la merci des barbares.

 

Je vais envisager si vous le voulez bien cette période en trois parties :

Dans une première partie, je voudrais évoquer cette église qui est menacée de toute part. C'est la période qui va du milieu du 5e siècle au premier tiers du 6e siècle. C'est le moment de tous les périls, où l'Église d'occident est réduite à une situation absolument difficile.

Dans une deuxième partie, nous verrons au contraire cet espèce de sursaut, qu'a été la reconquête catholique de l'occident, de la Gaule d'abord avec Clovis puis de l'Angleterre grâce à Augustin.

Dans une troisième partie, nous évoquerons ce qui se passe à Arles à cette période.

 

 

Première partie : Fin du 5e siècle et 6e siècle.

Quand on considère l'histoire de l'Église à la fin du 5e et au début du 6e, ce qui frappe, ce qui me paraît dominer tout, c'est la présence de l'INVASION. Le monde chrétien romain occidental est submergé par les barbares. Je vous rappelle quelques dates. 450, c'est la descente d'Attila en Italie. 455, c'est la descente de Genséric, roi des Vendales, qui assiège et s'empare de Rome. Sac de Rome. Ensuite, il traverse notre région, passe par le Languedoc, traverse l'Espagne et va s'installer en Afrique du Nord qui deviendra le grand royaume des Vandales. De 440 à 470, pendant 30 ans, Les Germains ont déferlé sur la Gaule :

Les Burgondes s'installent entre Saône et Vallée du Rhône, ce qui est aujourd'hui la Bourgogne et la Savoie.

Les Wisigoths vont d'abord s'installer dans la Garonne et progressivement vont prendre la domination de toutes les terres qui se trouvent entre la Vallée de la Loire et les Pyrénées et au-delà des Pyrénées puisqu'ils vont refouler les Vandales qui étaient en Espagne, de l'autre côté du détroit de Gibraltar. En 475, ils conquièrent l'Auvergne et l'année suivante, en 476, ils s'emparent d'Arles; traversant les marais, ils vinrent s'installer dans le palais de Constantin sur notre forum.

Pendant ce temps, les Francs, qui arrivent du Nord de la Germanie ont envahi la Belgique, la Rhénanie et la Gaule du Nord. Les Angles et les Saxons ont traversé la Mer du Nord et ont envahi la Grande-Bretagne.

Donc, à la fin du 5e siècle, l'Église d'Occident est livrée au bon vouloir des barbares. Et quand je dis l'Église, c'est aussi les chrétiens. Car pour les populations indigènes romanisées, populations de culture et de tradition romaine, latine, les gens sont traumatisés par l'arrivée des barbares, avec les pillages, incendies, massacres, viols et destructions. Mais aussi, ils ont la conscience d'assister à la fin d'un monde. En effet, depuis Théodose - et même de puis l'édit de Constantin - le christianisme était devenu le ciment de la romanité. L'Empire était devenu chrétien et l'Église et l'État, à travers la dynastie des Valentiniens, ne faisaient plus qu'un. Et les chrétiens ont été parmi les plus grands défenseurs de l'Empire. Pensez à un homme de notre région qui s'appelle Tommatius Ferriol et qui va défendre la Provence contre l'arrivée des barbares.

En ce début du 6e siècle, ce qui frappe, c'est donc l'universalité de la présence de l'invasion. Mais ce qui est plus grave pour la chrétienté, c'est que tous ces barbares sont ARIENS, c'est-à-dire hérétiques. Les Wisigoths ont complètement submergé l'Église catholique d'Espagne d'Aquitaine et de Provence, les Burgondes sont dans la Vallée du Rhône, les Ostrogoths, en Italie et les Vandales en Afrique du Nord et dans les îles de la Méditerranée. Seules la Gaule du Nord (occupée par les Francs) et la Grande-Bretagne (occupée par les Anglo-saxons) sont encore des régions païennes. Seule l'Irlande et l'Armorique restaient catholiques. Mais aucun souverain catholique en communion avec Rome ne régnait en Europe. Les princes ariens en gouvernaient les 9/10 et les païens, le reste.

Qu'est-ce que c'est que l'arianisme? Un bref rappel. C'est une hérésie d'Orient, qui a été diffusée à travers les Balkans au moment où campaient les peuples barbares. Car ces peuples envahisseurs qui arrivaient de l'Asie Centrale ont tous fait une station plus ou moins longue dans les Balkans, avant de déferler vers l'Occident. Et là ils ont eu le temps de s'imprégner de l'arianisme. L'arianisme, c'est la prédication d'un prêtre d'Alexandrie qui s'appelle Arius, qui en 320 invente une nouvelle théologie dans laquelle il donne une interprétation simple et personnelle de la Sainte Trinité : Seul Dieu le Père est Un, éternel et inengendré. Le Fils a été créé par Dieu et à son tour, le Fils a créé le Saint-Esprit. Une trilogie où le Père seul est expressément Dieu (les deux autres personnes lui étant subordonnées et n'ayant qu'une divinité de second ordre), prend la place de la Trinité (où les trois personnes sont égales). Le Christ en particulier n'était alors plus Dieu, mais la première des créatures. Pour le barbare moyen, ces nuances ne devaient pas l'empêcher de dormir. Mais il est évident que pour les théologiens, c'était d'une importance considérable puisque, à partir du moment où fils n'est plus Dieu, c'est la Rédemption qui est vidée de son sens, puisque le sacrifice de Jésus était ramené à un homme mort sur la croix comme étaient morts des dizaines et des centaines d'esclaves et ce n'était plus la Rédemption de l'homme accomplie par Dieu. Donc les théologiens, très rapidement, se sont aperçu que c'était une hérésie et en 325, à la demande de Constantin, a eut lieu le concile de Nicée qui a décrété que le Christ était consubstantiel au Père. En Orient il y a une réaction très vive du corps épiscopale aidé d'ailleurs par les empereurs d'orient et on peut dire qu'à la mort de Théodose, en 383, l'arianisme était complètement liquidé en Orient.

Curieusement il a resurgit chez nous et il a un rayonnement considérable. Pourquoi? Pour trois raisons. D'abord pour la simplicité de son contenu. Deuxièmement, l'arianisme a eu la chance d'avoir des prédicateurs de très grande qualité; en particulier, un évêque qui s'appelait Ulfila <311-383> qui était Goth de naissance et a été le grand missionnaire de l'arianisme à travers les Balkans. Mais surtout, l'arianisme a dû son succès à mon avis, car il revêtait un caractère national. Pour les Barbares, c'était une doctrine qui était combattue à la fois par le Pape de Rome et l'Empereur; donc elle était bonne.

 

En 383, les Goths étaient devenus ariens dans les Balkans, puis les Gépides et les Vandales qui traversèrent leur territoire. Puis les Alamans, les Thuringiens et finalement les Lombards. Seuls les Francs, qui étaient les plus sauvages, les plus barbares et certainement les esprits les moins disposés à la philosophie et à la théologie restaient païens. Les deux confessions à première vue sont assez semblables. Ceux d'entre vous qui sont allés visiter Ravennes, vous avez sans doute été frappés qu'à 100 mètres de distance il y ait deux baptistères qui sont semblables, décorés de la même iconographie, qui représentent donc pratiquement les mêmes sacrements pour l'Église orthodoxe et pour les ariens. Sauf qu'il y a une nuance, puisque nous baptisons "Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit" et que les Ariens baptisaient "Au nom du Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit"; nuance qui a son sens.

Ce qui est important c'est que l'arianisme apparaît comme la religion des incultes. C'est une religion qui n'a pas de clergé régulier, dont les prêtres sont mariés, peu instruits et sont des théologiens médiocres. Pas de hiérarchie, pas de synodes ni de conciles. Il revêt un caractère étroitement national qui n'éveille aucune sympathie avec les anciennes populations romaines catholiques.

 

Pour compliquer les choses, c'est que non seulement l'occident est recouvert par les invasions, non seulement ces envahisseurs sont hérétiques, mais troisièmement, ces ariens sont en plus des persécuteurs. Les persécutions faites par des ariens envers les catholiques sont dix fois plus importantes que ne l'ont été les persécutions des empereurs romains par rapport au christianisme. Car il n'y a rien de plus redoutable que les persécutions idéologiques.

Ces persécutions se développent d'abord en Espagne wisigothique. Un problème apparaît, celui de l'apostasie, avec les Suères. Il s'agit d'un peuple germanique qui s'est retrouvé en Galice. Ces Suères étaient païens; ils s'étaient convertis au catholicisme. Voyant arriver les Wisigoths ariens, ils deviennent ariens. Scandale en Europe, c'est l'apostasie. Les Wisigoths continuent les persécutions; ils persécutent Tours où ils déportent les deux évêques. Vous savez que, au début du 6e siècle, notre saint Césaire d'Arles, évêque d'une ville qui était occupée par les Wisigoths, a été arrêté et envoyé en exil à Bordeaux. L'année suivante les choses vont un peu se clarifier. Clovis qui était un peu ennuyé par l'histoire des Wisigoths entre en guerre contre eux et à la bataille de Vouillé en 507 inflige une défaite cuisante à Alaric II et met les Wisigoths en veilleuse.

Mais à ce moment là, ont lieu, avec une violence tout à fait étonnante, les persécutions des Vandales en Afrique du Nord, sous les règnes de Genséric et Huméric (429-484) et après un temps de répit, sous le règne de Thresamond (497-523). Pendant à peu près 100 ans, l'Afrique du Nord et surtout la Tunisie qui était la région la plus christianisée et qui avait la chrétienté la plus vivante a été le lieu de massacres considérables. Les Vandales ont déporté 5000 prêtres, qu'ils ont emmenés en convoi jusque dans le Sahel entre les mains des Maures. Une autre fois il y a eu un concile à Carthage où se sont rendus 470 évêques; tous ont été mis en prison. La persécution la plus terrible eut lieu en 532, sous le règne du roi Gelimer. Pour se débarrasser des chrétiens, on les faisait célébrer une messe solennelle, et lorsqu'ils étaient dans l'église, les soldats entouraient le bâtiment et y mettaient le feu. Donc au milieu du 6e siècle, l'Église d'Afrique du Nord est complètement désespérée. Le dernier espoir des catholiques repose sur les byzantins. Cela va expliquer la reconquête de Justinien.

 

Les Burgondes sont moins intolérants envers les catholiques. Le roi Gondebaud installé à Lyon, jusqu'à sa mort en 517 manifeste son loyalisme à l'empereur. Mais il n'abjura jamais l'arianisme malgré Avit, évêque de Vienne. Il réserve cependant sa cruauté pour décimer tous les gens de sa famille qui lui font ombrage.

 

Le dernier personnage de cette fresque, c'est Théodoric. Le roi Ostrogoth de Ravenne est un homme très supérieur par l'intelligence et la culture aux autres rois barbares. Élevé à la cour de l'empereur Léon le Thrace à Constantinople, Zénon lui avait confié en 483 la reconquête de l'Italie occupée par Odoacre. En 493, il en était devenu le Souverain absolu. Il mène une politique intelligente. Théodoric était resté arien, mais il entretenait de bonnes relations avec l'épiscopat d'Italie. Mais en 518, Justin devint empereur; il était favorable à l'orthodoxie chalcédonienne et eut beaucoup d'influence sur l'épiscopat italien. Les évêques italiens qui jusqu'alors regardaient vers Théodoric se sont mis à se tourner vers l'empereur et Constantinople. Théodoric devint alors méfiant envers ces évêques et se fit persécuteur (martyre de Boèce). Théodoric voulant faire revenir l'empereur Justin sur sa politique anti-arienne, envoie le pape Jean à Constantinople pour obtenir une trêve avec Justin et lui faire rendre les églises aux Ariens. Jean échoue; Théodoric le met alors en prison où il mourra. Théodoric impose le pape Félix IV, mais ce dernier ne sera pas accepté. Les milieux catholiques de Rome et d'Italie se tournent alors vers Byzance pour demander de l'aide et souhaiter l'intervention militaire des byzantins pour rétablir la situation. Nous sommes dans le premier tiers du 6e siècle et l'Église catholique d'Occident a atteint le fond de l'abîme.

 

Deuxième partie : Les Églises de la reconquête.

 

Le détonateur de cette reconquête catholique fut la conversion de Clovis en 496 (ou plutôt en 506). Trois choses fondamentales :

- Immédiatement, ce fut perçu par les contemporains comme un événement considérable.

- En fait, ce n'est pas un événement surprenant. A l'époque, pratiquement tous les princes barbares étaient chrétiens, convertis. Les Francs étaient le dernier grand peuple païen. Clovis est simplement le dernier des grands à se convertir.

- Mais l'événement majeur, c'est que Clovis, au lieu de se faire arien, embrasse la foi catholique romaine et polarise les espérances de tous les catholiques de la romanité occidentale qui vont voir en lui l'instrument du retour de la chrétienté occidentale au catholicisme orthodoxe. Cet événement eut des conséquences politiques et religieuses décisives. Il fit des Francs l'instrument du retour de la chrétienté occidentale au catholicisme orthodoxe (Il est peu probable que Clovis l'ait fait par politique; les souverains n'étaient pas stratèges à ce point, à l'époque).

 

La vie de Clovis en quelques mots. En 481, à la mort de Childéric, roi franc de Tournai (en Belgique), Clovis, son fils âgé de 15 ans lui succède sans difficulté. En 30 ans, il étendit son autorité à tous les Francs en assassinant tous les membres de sa famille et tous les autres roitelets de sa race, et ensuite grâce à ses forces militaires il va écraser tous les autres royaumes; il écrase Syagrius, les Alamans puis les Wisigoths et même les Bretons. En 511, à sa mort, seuls lui échappaient encore la Bourgogne et la Provence (mais pas pour longtemps). Seuls Dagobert et Charlemagne réuniront par la suite un tel territoire. Avec la mort de Clovis, la catholicité perdait son fer de lance et les évêques leur homme de confiance.

Aucun prince de son sang ne reprit la place exceptionnelle de Clovis; ses quatre fils anéantirent son oeuvre politique, mais les conséquences religieuses furent beaucoup plus durables.

 

La conversion de Clovis. En 486, il remporte la victoire sur Syagrius et prend Soissons; il en fera sa nouvelle capitale (Cf. épisode du Vase de Soissons, rapporté par Grégoire de Tours). L'évêque de Reims, Rémi, homme d'une grande lucidité et clairvoyance lui écrit alors pour le féliciter de sa victoire et lui fait des propositions. Clovis lui répond favorablement. Vers 501, après l'échec d'une première campagne contre les Burgondes, se marie à titre de réconciliation avec la princesse Clothilde, nièce de Gondebaud, roi de Lyon. Or la reine est catholique, intelligente et extrêmement habile. Elle attend un enfant et exprime à Clovis son souhait que l'enfant soit baptisé par l'évêque. Clovis peu favorable accepte cependant. Or l'enfant meurt juste après avoir été baptisé, dans sa robe de baptême. Clovis est furieux et en fait le reproche à Clothilde, mais la reine lui répond qu'au contraire l'enfant sera du ciel l'intercesseur du roi auprès de Dieu. Un second enfant arrive. Il est baptisé; il tombe malade; Clothilde prie et l'enfant est guéri.

Été 506 : Bataille de Tolbiac contre les Alamans. L'issue du combat est incertaine et Clovis s'aperçoit qu'il va perdre. Il fait alors le voeu in peto de se convertir au "Dieu de Clothilde" s'il remporte la victoire. Il gagne la bataille de Tolbiac et à Noël 506 (ou 496) reçoit le baptême à Reims, par l'évêque saint Rémi.

L'osmose entre les Francs catholiques et les gallo-romains se fait alors très rapidement. Témoin de cela, l'ovation des arlésiens lorsque les Francs prirent la ville (538); ils furent accueillis en libérateurs; d'autre part, nous voyons à cette époque la germanisation des patronymes (Mas Thibert).

Dès lors les évêques des pays soumis aux ariens tournèrent les yeux vers Clovis. Après sa victoire de Vouillé en 507, le roi des Francs eut la grande sagesse de ne mener aucune persécution contre les ariens. Leurs églises et leurs prêtres furent réintégrés et réconciliés. Aussi l'arianisme s'éteint rapidement. En 540, il avait pratiquement disparu de l'Europe. Les causes de cette disparition rapide sont :

- que l'arianisme apparaît comme un article d'importation barbare,

- qu'il apparaît comme un christianisme de second choix

- comme la religion de l'occupant; les prêtres ariens étant aumôniers des troupes barbares,

- enfin, l'absence de hiérarchie ecclésiastique.

 

Les Églises barbares du 6e siècle.

 

530-600 : Longue période de reconquête de l'Occident, marquée par deux événements successifs importants :

- La campagne de reconquête de l'Occident par Justinien (527-565).

- Ensuite, au moment où la situation paraissait rétablie et très bonne, les nouvelles invasions des Lombards et des Arabes qui anéantissent cette reconquête byzantine. Ces invasions compromettent gravement la restauration catholique lorsqu'elle ne l'abolit pas définitivement. De nouveau l'Italie sera livrée aux Ariens. L'Islam déferle sur l'Afrique, l'Espagne et arrive à Poitiers en 732 où il rencontre Charles Martel.

 

Reconquête byzantine de Justinien (536-590) :

Les empereurs d'Orient s'étaient efforcés de maintenir des liens personnels avec les rois barbares de l'Occident. En 507, l'empereur Anastase nomme Clovis consul honoraire de l'empire romain; Zénon nomme Théodoric, Patrice. Ces fictions juridiques prolongeaient dans les mémoires le souvenir de l'unité impériale et entretenaient chez les Grecs l'idée de leur supériorité et qu'une reconquête militaire suffirait à rétablir l'ancien état des choses.

De 533 à 555, les expéditions militaires de Bélissaire (grand esprit stratège) redonnent à la Méditerranée le visage qu'elle avait à l'époque de l'empire romain. En Afrique du Nord et en Espagne, cela se fit sans gros problème. En Italie par contre ce fut atroce, sanguinaire et destructeur. Ces guerres de Justinien laissèrent le pays exsangue.

Alors que les populations avaient imploré la venue des byzantins, elles les ont perçus non comme des libérateurs, mais comme une armée d'occupation, semblable aux autres, d'autant que la majeure partie de l'Espagne, toute la Gaule et les deux Bretagne restaient indépendantes.

 

La Politique religieuse de Justinien eut plus d'importance. Il avait reçu une éducation religieuse très soignée. Il s'efforçait de vivre en chrétien. Mais il se piquait de théologie, ce qui posa des problèmes. Il voulait rétablir l'unité religieuse avec l'unité de l'empire.

Entre Justinien et le Pape, il y a déférence et respect. "Les deux plus grands dons que Dieu a faits aux hommes, sont le Sacerdoce et l'Empire". Mais ces deux dignitaires égaux en dignité, ne le sont pas en autorité. L'Empereur fait le Pape; le Pape ne fait pas l'Empereur. Cela entraîne des conflits inévitables. En décembre 536, les byzantins entrèrent à Rome. Le Pape Silvère qui avait été élu sous la pression des Ostrogoths est déposé. Justinien le fait remplacer par un Pape plus docile, Vigile, qui avait été apocrisaire pontifical (ambassadeur du Saint-Siège à la cour impériale) à Constantinople. Justinien lui demanda d'approuver un édit favorable aux hérétiques condamnant les 3 chapitres (au moment de la querelle des Nestoriens). Le Pape refuse. L'Empereur le fait alors transporter et emprisonner à Constantinople; brutalisé par la police pendant des mois, il finit par ratifier les décisions du IIe Concile de Constantinople condamnant les 3 chapitres, accédant à la volonté de Justinien. Vigile mourut sur le chemin du retour. Les monophysites continuent leur agitation; l'Occident refuse de reconnaître le Concile.

Aucun des 4 papes qui se succédèrent de 555 à 590 n'eut une personnalité exceptionnelle. Chaque élection pontificale est soumise à la ratification impériale.

En 590, Grégoire le Grand devint pape.

 

Entre temps, les Lombards passent les Alpes et arrivent en Italie, venant d'Europe centrale.

- 569 : Prise de Milan

- 573 : Prise de Pavie.

- 579 : Siège de Rome.

Les byzantins furent chassés d'Italie et se replièrent dans la région de Ravenne, ne conservant que l'Italie du sud, les îles et le duché de Rome. En 590 Rome, encerclée de toute part, était dans une situation désespérée. Les byzantins étaient incapables de la défendre militairement et de refouler les Lombards. Ils étaient acculés à la défensive.

 

C'est dans ce contexte que Grégoire est élu Pape. Il avait été comme beaucoup de ses prédécesseurs apocrisaire à Constantinople, élu grâce à la faveur impériale; mais il entretenait des relations orageuses avec le patriarche de Constantinople. Il va subir la pression lombarde qui de 568 à l'intervention franque au 8e siècle, ne laissa aucun pape en repos. C'est la qualité du personnage, énergie déployée, importance de ses interventions, tant dans le domaine religieux que politique, qui lui valut le qualificatif de "Grand".

Il naît vers 540 dans une famille patricienne où les vertus chrétiennes sont à l'honneur. L'un de ses ancêtres était le Pape Félix III (483-492), deux de ses tantes sont religieuses et sa mère sera béatifiée. Il reçut une formation classique qui l'orienta vers une carrière publique. Il fut Préfet de Rome en 575. Il acquit une connaissance de l'administration romaine, avait le goût de l'ordre et le sens de l'intérêt public. Attiré par la vie monastique, il renonce à sa charge, transforme sa propre maison du Clivus Scauri en monastère (Celius) auquel il donna la règle de saint Benoît, toute récente et ne voulant pas, par humilité, assumer la charge d'abbé, y désigne un abbé, Valentin et s'installe comme moine dans cette communauté. Il acheva de délabrer dans les pratiques ascétiques une santé déjà délicate. Le pape Agapet II l'ordonne alors diacre et l'envoie comme Apocrisaire à Constantinople (579-585). Il se lia d'amitié avec l'empereur Maurice. Rentré à Rome, il reprit la vie religieuse au monastère saint André et son travail de méditation sur l'Écriture. Malheureusement pour lui et heureusement pour la chrétienté, il est élu pape, acclamé par la population. Il essaya de se dérober, mais Maurice confirma ce choix et envoya l'ordre de procéder à la consécration du nouvel élu. Ce qui eut lieu le 3 septembre 590. Il fut confronté immédiatement à trois problèmes majeurs : La peste, la famine et le siège des Lombards. Il eut une activité débordante comme en témoigne le registre de sa très nombreuse correspondance (il reste plus de 800 lettres de lui). Il veille à l'approvisionnement de la ville et aux aumônes. Son activité pastorale est considérable :

- Rédaction de traités pastoraux. Prolonge la vie studieuse du moine. Oeuvres empreintes du souci des âmes. Mettre à la porté des clercs et des laïcs la pensée des Pères. Eut une influence sur tout le Moyen-Age.

- L'oeuvre disciplinaire et hiérarchique. Il exerce son autorité avec fermeté. Démission de l'archidiacre Laurent. Il décida que ses familiers seraient des clercs et qu'ils porteraient l'habit. Il exerça avec un soin jaloux sa fonction de métropolitain de l'Italie. Il réunissait une fois par an à Rome des évêques. Dans le reste de l'Occident, son autorité s'exerça sous la forme d'une juridiction patriarcale, constituant des relais de l'autorité pontificale. Il recevait en appel les différents entre les métropolitains et leurs évêques.

- Difficulté de l'apostolat missionnaire auprès des Lombards. Bien que sujet byzantin, il voulait devenir l'évêque des Lombards. Mais il rencontrait une double opposition politique et religieuse. Devant la carence des byzantins, il prit l'initiative de négocier à plusieurs reprises avec le nouveau roi des Lombards, Agilulf (590-616). Il fit lever le siège de Rome en 592 en donnant sur ses cassettes 500 livres d'or, obtint une trêve en 598, renouvelée en 603. Sur le plan religieux, Agilulf épouse la veuve Théodelinde, princesse bavaroise catholique. Elle fut pour Grégoire une alliée discrète et généreuse. En juin 604, elle eut un fils Adabald qui fut baptisé catholique; il devait devenir le premier souverain catholique des Lombards. Cependant, les conversions furent limitées et individuelles. Agilulf resta arien et Grégoire ne pouvaient pas envoyer des missionnaires catholiques chez les Lombards, car ils auraient passé pour des espions byzantins. C'est alors que le Pape se tourne vers l'évangélisation de l'Angleterre.

 

 

L'Évangélisation de l'Angleterre.

 

Retour en arrière sur les 4e et 5e siècle.

La Bretagne de l'époque avait une chrétienté solide dès le 4e siècle. Ainsi au concile d'Arles de 314, on note la présence de trois évêques bretons.

En 407, les troupes d'occupation romaines en Angleterre élisent comme empereur leur général en chef, sous le nom de Constantin III. Pour prendre le pouvoir, il fit passer ses soldats sur le continent, abandonnant l'île sans défense, et est venu s'installer à Arles. Il place sur les sièges épiscopaux de la région des hommes à lui, Lazare à Aix et Héros à Arles (tourangeaux, moines et disciples de Martin; ce sont les premiers moines évêques de l'épiscopat provençal). Surtout Constantin III ambitionne de se faire reconnaître par l'empereur Honorius. Peine perdue, en 411, le Patrice Constance met le siège devant Arles qu'il prend au bout de trois mois. Constantin III est exécuté et les évêques qu'il avait placés à Aix et Arles furent exilés en Palestine.

Mais l'Angleterre restée sans défense ne résistera pas à l'invasion des Saxons et des Angles, partis du Nord de la Germanie. Ils débarquèrent sur la côte orientale et occupèrent tout le centre du pays, refoulant les populations celtiques en Cornouaille et au Pays de Galles. Autrement dit, à partir de 430 l'Angleterre est partagée en deux par une ligne verticale qui part du nord de l'Écosse et qui arrive jusqu'au sud, toute la partie Est est occupée par les barbares et la chrétienté celte catholique est repliée sur l'Ouest. Beaucoup de Celtes fuient et viennent s'installer en Armorique (notre Bretagne). Pour le catholicisme de la Grande île, le choc fut terrible. Il y eut une multitude de royaumes païens au Centre et à l'Est. Les débris de la population catholique réfugiée dans les montagnes luttèrent désespérément (c'est l'origine de la Légende du Roi Arthur). Réduit par les massacres et l'émigration en Armorique, le catholicisme breton replié sur la défensive connut rapidement une baisse de vitalité religieuse. Le latin sortit de l'usage courant et se maintint difficilement dans la liturgie. Démoralisation dans un clergé moins nombreux et moins instruit, coupé de Rome pendant plus d'un siècle. Une chrétienté donc en plein désarroi.

 

Essor de l'Église d'Irlande.

Christianisée en l'espace d'une vie, de 430 à 461 par l'évêque breton, saint Patrick, l'Irlande, vieille terre celtique, protégée de l'occupation romaine et des invasions barbares devint un foyer de vie catholique rayonnant et original. L'Irlande, c'est "L'Ile des Saints." Cette Église a une caractéristique : c'est la prédominance absolue du monachisme; d'où un goût très vif pour l'ascétisme et les études. Les chefs des grands monastères cumulaient les fonctions d'abbé et d'évêque. Les moines étaient très nombreux, mais la plupart d'entre eux n'étaient pas prêtres (ascétisme et apostolat populaire). Mortification, jeûne perpétuel; prière bras en croix; bains dans l'eau glacée des étangs; temps important pour les études. Enseignement du latin, non parlé, mais langue d'étude (=> l'Irlande est la partie de l'Europe où le Latin est resté le plus pur). Loin de Rome à laquelle elle restait très attachée, l'Église d'Irlande constituait une oasis catholique originale et fervente.

 

A l'opposé, en Angleterre, les populations celtiques refoulées dans la périphérie montagneuse ne montraient aucun empressement à évangéliser les saxons pour éviter d'avoir à partager le paradis avec les barbares.

Les missionnaires irlandais ne sortaient pas encore de leur île, les Francs avaient d'autres occupations. L'Angleterre était en grande déserrance. Grégoire décide d'agir de sa propre initiative. Il organisa une mission dirigée par Augustin, prieur de son propre couvent de Saint-André. Il rassemble quelques compagnons; on va chercher dans les cours des rois Francs, des interprètes. Le groupe débarque à Pâques 597 dans la presqu'île de Thanet à l'embouchure de la Tamise.

Le roi Ethelbert du Kent, chef de la confédération anglo-saxonne, qui avait déjà subi l'influence de sa femme Berthe, princesse franque catholique, se convertit au catholicisme, en juin 597 et beaucoup de ses sujets avec lui.

Augustin retourne alors à Arles pour recevoir de l'évêque Virgile, Vicaire pontifical pour la Gaule, la consécration épiscopale pour prendre ensuite la direction de la nouvelle Église d'Angleterre. Grégoire avait entouré cette mission du plus grand soin et après ses premiers résultats, en réponse aux questions d'Augustin, il envoya un véritable traité "Libellus" de pédagogie missionnaire. Avec beaucoup d'intelligence, il laissa aux anglais nouvellement convertis le soin de constituer leur propre liturgie sans imposer le rite romain. Il autorisa les mariages entre cousins germains pour éviter de heurter de front les habitudes des insulaires. Dans une lettre à Mellitus, compagnon d'Augustin, il conseille de transformer les temples païens en églises plutôt que de les détruire, christianisant ainsi les habitudes religieuses acquises => progrès de la conversion. Un seul échec pour unifier Celtes et Saxons dans une seule Église dont Augustin serait le primat : Les évêques celtes refusèrent énergiquement de reconnaître la primauté d'Augustin, de renoncer à leurs usages liturgiques et surtout de collaborer à la conversion des Saxons. Après la christianisation du Kent par Augustin et de l'Essex par Mellitus, sacré premier évêque de Londres, la mission marquait le pas à la mort d'Augustin, le 20 mai 604 et de Grégoire le Grand, le 12 mars 604.

 

 

 

 

Troisième partie : Mais pourquoi Arles?

 

Ce n'est pas simplement parce que Augustin ne voulait pas aller jusqu'à Rome, ou que les Lombards en Italie avait dissuadé l'évangélisateur de poursuivre plus loin son voyage, mais c'est plutôt à cause de la structure ecclésiastique de l'Église d'Occident telle que le Pape l'avait définie, et le Pape a voulu que cette structure fonctionne.

 

Je reviens en arrière pour comprendre ce qui s'est passé à ce moment là.

 

Le 1er août 314, clôture du Concile d'Arles. 43 délégués connus. 3 évêques de Provence, Arles, Marseille Vaison. D'autres délégués mineurs : Orange, Apt, Nice.

 

Le moment important pour l'Église de Provence, c'est la fin du 4e siècle et début 5e siècle. La Provence est devenue une terre de mission réussie. Il y a à ce moment-là véritablement un Christianisme provençal. A ce moment se développent des rivalités entre évêques pour savoir qui aurait la primauté en Gaule. 22 évêchés.

 

Cela aboutit au concile de Turin (en 398 ou peut-être en 417). Pourquoi Turin ? Il s'agit d'un terrain neutre. C'est aussi peu de temps après la mort d'Ambroise le grand évêque de la ville voisine, Milan. L'Église de Gaule est ouverte en permanence sur l'extérieur, et en particulier vers l'Italie du Nord. Ce concile doit régler deux affaires importantes :

- Les prétentions de l'évêque de Marseille, Procule, de créer des évêchés en Narbonnaise Seconde (l'actuelle Provence).

- Querelle entre l'évêque de Vienne et celui d'Arles pour le contrôle de la province de la Viennoise.

Deux conceptions fort différentes de la mission s'affrontent :

+ La première, héritée du passé, représentée par les marseillais. Toute pragmatique, elle se fonde sur les zones d'influences acquises par les Églises au fil du temps.

+ La seconde, traditionnelle : calquer l'organigramme de l'Église sur celui de la société civile. Évêque de la Métropole. Mais alors, de Vienne ou d'Arles, qui devait l'emporter? le chef-lieu de la viennoise (395) ou la ville du Préfet du Prétoire des Gaules?

 

Le concile de Turin décida que Procule garderait un primat d'honneur. Arles et Vienne devraient se partager la Viennoise en gardant les cités les plus proches.

 

Mais Arles qui vient de recevoir le siège de Prétoire des Gaules, auparavant à Trèves, en 396 (ou 407) gagne un nouveau poids politique. Cela entraîne aussi à Arles de nombreux étrangers (fonctionnaires) et une élite intellectuelle importante => un dynamisme nouveau pour la ville.

 

En 417, Proculus, évêque de Marseille décide, avec la complicité de l'évêque d'Aix, Lazarus, de nommer un évêque à la Ciotat et à St Jean, cités proches de Marseille mais se trouvant sur le territoire de la cité d'Arles. Cela apparaît comme une provocation par rapport au compromis de Turin. Un nouvel évêque, jeune et de grande qualité quoiqu'en disent ses biographes, vient d'être nommé à Arles, Patrocle. Il va à Rome plaider sa cause en rappelant le concile de Turin. Le pape Zosime qui vient juste de monter sur le trône pontifical, donne entière satisfaction aux revendications des arlésiens. Il rend les droits sur les évêchés disputés, excommunie Lazarus et Proculus, donne à Patrocle autorité sur l'ancienne province de Narbonnaise (c'est-à-dire depuis Toulouse jusqu'à Genève), lui accorde le privilège de délivrer les litterae formatae à tous les clercs gaulois, et fait d'Arles l'intermédiaire obligé pour toutes les relations avec le Saint-Siège puisque ces lettres étaient indispensables pour être reçu à Rome (ce qui d'ailleurs est contraire au concile de Turin). La hiérarchie ecclésiastique n'était plus calquée sur l'organigramme de l'administration civile, mais sur une tradition arlésienne : Le souvenir de saint Trophime, fondateur de l'Église d'Arles, cette "source féconde par où l'eau de la foi avait ruisselé sur l'Occident".

Zosime était allé trop loin. Il meurt prématurément et son successeur Boniface revient sur cela; il supprime l'excommunication contre Proculus et Lazarus, rend à Hilaire de Narbonne la juridiction sur la Narbonnaise Première.

En 428, Patrocle meurt, et le pape Célestin rogne encore sur les prérogatives de l'Église d'Arles. La mort de Proculus entraîne un rapprochement avec Marseille.

 

Le nouvel évêque d'Arles, Hilaire, agit imprudemment en dépassant les limites de sa juridiction. Il s'attire les foudres de Léon le Grand qui en 445 lui fait savoir que les privilèges accordés à Patrocle, l'étaient à titre personnel. Le pape retire même à l'évêque d'Arles ses pouvoirs de métropolitain. Le Pape à son tour est allé trop loin. En 450, 19 évêques de la Narbonnaise adressent une pétition en faveur de l'évêque d'Arles "successeur de Trophime, l'envoyé du bienheureux Apôtre Pierre". Cela aboutit au rétablissement du titre de métropolitain. Décret de 450 dans lequel Arles reçoit juridiction sur la Viennoise méridionale (de Saint-Paul-Trois-Châteaux à Marseille et Toulon). Cela laisse la place à la constitution de deux autres provinces : Narbonnaise Seconde (Aix) et Alpes Maritimes (Embrun).

 

Césaire qui devient évêque d'Arles au début du 6e siècle est un très habile politique. Après sa rencontre avec Théodoric qu'il retourne en sa faveur, avant de rentrer à Arles, Césaire passe à Rome et obtient les faveurs du pape. Il séduit la cour et gagne la Curie à sa cause.

Le Pape réaffirme les pouvoirs de métropolitain attachés à Arles depuis 450, lui octroie le pallium et surtout lui confie le vicariat des Gaules et de l'Espagne (cela va de Gibraltar à la Hollande). C'est beaucoup plus que ce qui avait été accordé à Patrocle, même si les circonstances politiques donnaient à la mesure un caractère assez théorique. Césaire rédige à son retour de Rome un opuscule "Le mystère de la Trinité". C'est en fait le récit des origines de l'Église d'Arles. Il y parle de saint Trophime, l'associant à Paul de Narbonne et Saturnin de Toulouse et Daphiné de Vaison. Système ingénieux qui liait au sort d'Arles, l'ancienne capitale de la Narbonnaise, la nouvelle capitale des Wisigoths et une ville Burgonde, rassemblant les entités politiques de l'Occident.

Primatie et pallium furent systématiquement accordés aux successeurs de Césaire, jusqu'à Virgile.

Voilà pourquoi c'est l'évêque d'Arles, Virgile, qui légitimement donna la consécration épiscopale à Augustin, au nom du Pape Grégoire.

 

 

 

Conclusion :

 

Cette mission en Angleterre a été extrêmement difficile; au moment du Colloque nous aurons l'occasion d'y revenir. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que derrière cette Église anglaise, il y a l'Église d'Irlande; que cette Église d'Irlande est en pleine jeunesse avec une fois vivante. Elle va donner naissance à deux grandes missions.

La première, celle de saint Colomban qui va quitter l'Irlande dans les années 590. Alors qu'Augustin part en Angleterre, saint Colomban lui traverse la Manche dans l'autre sens, et va fonder le monastère de Luxeuil et de Bobbio en Italie

Et deux générations après, l'Irlande va donner naissance à Saint Boniface (673 à 754) qui va être missionnaire en Frise, Hesse, en Thuringe et en Germanie à l'est du Rhin. Il va mourir martyre sur les bords du Rhin, son corps sera transporté dans la basilique de Fulda qu'il a fondée. Aujourd'hui Fulda est la ville jumelle d'Arles. Les deux missionnaires de l'occident de l'époque mérovingienne saint Augustin d'un côté, saint Boniface de l'autre se sont réunis dans une même action et un même sacrifice.

 

 

Retour à la page de présentation